À Besançon, treize étudiants ont transformé un simple projet universitaire en manifeste vivant contre la fast fashion. Pendant des mois, ils ont imaginé, cousu et mis en scène un défilé au théâtre de la Bouloie, en redonnant du sens à des vêtements jugés « démodés ». Sur scène, ces nouveaux mannequins d’un soir portent autant des tenues upcyclées que des messages politiques, entre mode engagée, éducation populaire et envie de bousculer les codes esthétiques dominants.
Guidés par la costumière Laurane Le Goff et l’animateur Robin Tournu, ils ont investi près de 70 heures de travail collectif pour créer un événement gratuit, ouvert à toutes et tous, suivi d’un moment convivial. L’objectif est limpide : faire de la durabilité et de la consommation responsable un sujet accessible, joyeux et incarné. Dans une ville où les opérations commerciales type « no fast fashion » attirent les foules, ce défilé propose un contre-modèle éthique, loin des podiums des grandes enseignes. Ici, la lutte contre la surconsommation passe par la couture, le corps, la scénographie et, surtout, la fierté de porter autre chose qu’une silhouette standardisée.
| Pressé(e) ? Voici l’essentiel : |
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| Un défilé étudiant à Besançon transforme des vêtements dits « démodés » en pièces fortes de mode engagée. |
| L’événement répond à la montée des critiques contre la fast fashion et à la demande de consommation responsable. |
| Techniquement, tout repose sur l’upcycling, la couture, la scénographie et la mise en scène des corps hors stéréotypes. |
| Le projet est porté par 13 étudiants accompagnés par Laurane Le Goff (costumière) et Robin Tournu (animateur). |
| À court terme, il sensibilise le public local ; à moyen terme, il peut inspirer d’autres campus à imaginer des défilés à contre-courant. |
Un défilé étudiant pour défier la fast fashion à Besançon
Au théâtre de la Bouloie, l’ambiance tranche avec celle des podiums classiques. Pas de sponsoring tape-à-l’œil, pas de logos de grandes chaînes, mais une scène où chaque silhouette raconte un récit de résistance à la fast fashion. Les 13 participants viennent de formations variées, loin tous des écoles de mode, ce qui fait émerger une vision plurielle de la mode engagée.
Tout au long de l’année, les ateliers ont mêlé scénographie, confection, couture et initiation au mannequinat. Le temps investi, estimé à près de 70 heures collectives, donne la mesure de l’engagement. Loin d’un simple spectacle de fin d’année, ce défilé devient un laboratoire de consommation responsable et d’empowerment, où chacun peut incarner une autre façon de s’habiller et de se montrer.
Quand la mode étudiante devient un outil de sensibilisation
Les tenues ont été conçues à partir de vêtements de seconde main, de dons, de fonds de placard. Guidés par les conseils de Laurane Le Goff, les étudiants ont appris à analyser un vêtement existant, à découdre, recouper, assembler pour faire naître une nouvelle pièce avec un message fort. L’idée n’est pas seulement esthétique : elle vise à montrer au public qu’un « vieux jean » ou une robe oubliée peuvent devenir un manifeste visuel contre la production de masse.
Sur la scène de Besançon, chaque silhouette raconte ainsi une petite histoire de réappropriation. Certains looks affichent des slogans sur la lutte contre la surconsommation, d’autres jouent sur le contraste entre codes du luxe et matières récupérées. Le résultat parle autant à l’œil qu’à la conscience, et ancre dans le réel des notions souvent théoriques autour de la durabilité.
Des mannequins d’un soir pour casser les stéréotypes du corps en mode
« La mode est un milieu souvent stéréotypé, et nous ne voulions pas reproduire ce schéma réducteur » explique Robin Tournu. Cette phrase pourrait servir de fil rouge à l’ensemble du projet. Sur scène, les mannequins ne correspondent pas au modèle unique imposé par la publicité : les corps sont variés, les postures aussi, et chacun choisit sa manière de marcher, de regarder le public, de s’approprier le vêtement.
Ce choix a un impact direct sur la notion d’éthique en mode. Refuser le filtre de la perfection manufacturée, c’est prolonger la critique de la fast fashion au-delà des questions de pollution ou de rythme de production. Le corps devient un support de revendication, au même titre que le tissu.
Le mannequinat comme expérience de confiance et de fierté
Pour beaucoup de participants, défiler était une première. L’exercice ne relevait pas seulement du jeu de scène : il s’agissait d’accepter d’être regardé, de s’assumer dans une tenue co-construite avec l’équipe. Cette expérience de vulnérabilité partagée nourrit un sentiment de fierté, cité comme l’un des mots clés du projet.
Cette fierté est double. Elle est personnelle, parce que chaque étudiant a franchi un cap de confiance en soi. Elle est aussi politique, car elle montre que la mode peut être inclusive, horizontale, débarrassée des injonctions qui nourrissent souvent la surconsommation textile. Quand le public applaudit, ce n’est pas seulement pour la silhouette, mais pour l’histoire collective qu’elle représente.
Une scénographie low-tech au service de la mode engagée
Le théâtre de la Bouloie n’est pas une grande salle de fashion week, mais c’est précisément cette échelle humaine qui donne sa force au projet. La scénographie a été pensée comme un prolongement du message de durabilité. Décors simples, éclairages maîtrisés, matériaux récupérés : tout est conçu pour limiter l’empreinte matérielle de l’événement, sans sacrifier l’impact visuel.
Les étudiants ont travaillé sur la circulation des mannequins, la musique, l’ambiance globale. L’enjeu était de créer un récit fluide, où l’on comprenne intuitivement que chaque passage interroge un aspect de la consommation responsable : accumulation, gaspillage, réparation, soin des vêtements. Là encore, la pédagogie passe par l’émotion et la mise en scène.
Un événement gratuit et ouvert comme acte politique
Le choix d’un défilé gratuit et accessible à tous n’est pas anodin. Il rompt avec la logique élitiste souvent associée à la mode, où les premiers rangs sont réservés aux acheteurs et aux influenceurs. Ici, familles, amis, étudiants, curieux et habitants de Besançon se retrouvent sur le même plan, dans un format de rencontre plus que de spectacle.
Le buffet convivial qui suit le show prolonge cette dynamique. On y parle tenues, mais aussi budget, bons plans friperies, réparation, couture. L’événement devient un prétexte pour aborder, sans jargon, les enjeux de la lutte contre la surconsommation. Ce n’est plus seulement un moment d’admiration, mais un temps de transmission d’astuces et de pratiques concrètes.
Des vêtements démodés transformés en manifeste contre la surconsommation
Le point de départ du projet est simple : comment redonner vie à des pièces qualifiées de « démodées » ou « plus au goût du jour » par leurs propriétaires. Plutôt que de finir dans une benne textile ou en décharge à l’autre bout du monde, ces vêtements deviennent la matière première d’une collection unique de mode engagée.
Ce choix fait écho à de nombreux travaux qui documentent l’impact de la fast fashion sur les volumes de déchets textiles. Pour aller plus loin et comprendre le système dans lequel s’inscrit ce défilé, vous pouvez explorer ce décryptage sur la mode éphémère et la fast fashion. Le contraste entre la temporalité extrêmement courte des tendances commerciales et le temps long de la création étudiante saute aux yeux.
Upcycling et créativité comme réponse locale à un problème global
Face à un système qui produit des milliards de pièces par an, la réponse de ce groupe peut sembler modeste. Pourtant, elle est exemplaire en termes de démarche. L’upcycling consiste ici à partir de ce qui existe, à accepter les contraintes de matière, de taille, de couleur, pour inventer des silhouettes nouvelles. Cette contrainte force la créativité et le sens du détail.
Au-delà du geste, le projet montre comment des initiatives locales peuvent s’inscrire dans une dynamique plus large de mode engagée. Pour replacer ce défilé dans le panorama des solutions existantes, un détour par les alternatives durables à la fast fashion permet de mesurer à quel point ce type d’expérience étudiante participe d’un mouvement de fond, où réparation, seconde main et circularité deviennent des terrains d’innovation.
Un projet pédagogique au croisement de l’écologie et de la solidarité
L’événement s’inscrit dans le cadre des Semaines étudiantes de l’écologie et de la solidarité, organisées à l’échelle nationale. À Besançon, ce choix d’un défilé comme format de sensibilisation illustre une tendance de fond : la pédagogie par l’expérience, le faire ensemble, plutôt que par la simple diffusion d’informations.
Les trois mots mis en avant par les organisateurs résument la démarche : sensibilisation, fierté et rencontres. Sensibilisation, parce que le public découvre concrètement que l’on peut s’habiller autrement. Fierté, parce que les étudiants se voient capables de produire un événement complet, cohérent et porteur de sens. Rencontres, enfin, parce que le projet crée des ponts entre filières, entre habitants et campus, entre mode et causes sociales.
Une démarche alignée avec les nouvelles attentes des jeunes générations
Les enquêtes successives sur les pratiques vestimentaires des 18-25 ans montrent une relation ambivalente à la fast fashion. D’un côté, le prix et la facilité d’accès continuent d’attirer ; de l’autre, les préoccupations climatiques et sociales poussent une partie croissante de cette génération à chercher des alternatives. Ce type de projet incarne ces tensions et offre un espace pour les résoudre partiellement.
En faisant passer des messages via les vêtements plutôt que via des slogans abstraits, les étudiants créent une forme d’appropriation individuelle des enjeux. On ne parle plus seulement de tonnes de CO₂ ou de litres d’eau, mais de l’histoire très concrète de tel manteau, de telle jupe recoupée, de telle chemise transformée en pièce unique. La durabilité prend alors un visage, une coupe, une texture.
Ce que ce défilé dit de l’avenir de la mode étudiante à Besançon
En regardant ce qui se passe à Besançon, difficile de ne pas y voir un signal faible de la transformation en cours dans les universités. De plus en plus, la mode devient un outil d’éducation populaire, un terrain d’expérimentation pour de nouveaux récits autour de l’éthique et de la lutte contre la surconsommation. Le fait que ces initiatives naissent hors des grandes capitales de la mode montre aussi que l’innovation culturelle se diffuse largement.
Ce défilé pourrait inspirer d’autres campus à imaginer des formats similaires : concours d’upcycling, résidences de costumiers, ateliers de réparation ouverts, collaborations avec des ressourceries ou des friperies locales. À terme, ces expériences pourraient peser sur la façon dont les jeunes consomment, mais aussi sur les carrières qu’ils et elles envisagent dans la filière textile.
Actions concrètes que vous pouvez reproduire à votre échelle
L’un des grands intérêts de ce projet est sa reproductibilité. Rien n’empêche d’adapter ce type d’initiative dans une asso, une école, un foyer étudiant ou un tiers-lieu. Quelques pistes se dégagent de l’expérience bisontine et peuvent servir de base à un projet local.
- Organiser une collecte de vêtements jugés « démodés » dans une résidence ou un campus.
- Monter des ateliers couture animés par une costumière, un créateur local ou des bénévoles expérimentés.
- Construire un petit défilé ouvert à tous, dans une salle polyvalente, un théâtre, une cour ou une médiathèque.
- Associer le show à un moment d’échange : buffet, table ronde, stand d’information sur la consommation responsable.
- Documenter le projet en photos et vidéos pour inspirer d’autres groupes et donner de la visibilité à la mode engagée.
En combinant ces leviers, chaque collectif peut contribuer, à son échelle, à déplacer les normes et à remettre en question le réflexe d’achat systématique auprès des grandes enseignes de fast fashion. C’est cette addition de petites scènes, de petits théâtres, qui, mise bout à bout, redessine le paysage de la mode.

Je veille sur les nouvelles technologies et pratiques dans le milieu de la mode durable. Je décrypte pour mes lecteurs les tendances et les éclaire sur les technologies de rupture qui façonneront demain.










